Une terre amérindienne dans les Pyrénées
28 janvier 2009
Par Fabrice Lallemand
Il existe dans les Pyrénées françaises un lieu qui appartient symboliquement à la communauté innue (montagnaise), la deuxième nation autochtone la plus populeuse du Québec. L'histoire de cette terre montagnaise, située dans la commune d'Alzen, dans la région Midi-Pyrénées, recèle un caractère spirituel, ancré dans l'échange entre les communautés autochtones d'Amérique et l'Occitanie.
Tout commence en 1997. Clifford Moar, alors chef de la réserve de Mashteuiatsh au lac Saint-Jean, et son frère Gordon accueillent dans leur village des Français originaires de Toulouse par l'entremise de leur entreprise de tourisme ethnoculturel.
Deux cultures se rencontrent
Les Toulousains sont membres de l'association OK-OC (Oklahoma-Occitania), association qui promeut la culture occitane en Amérique et essaie de faire connaître en France les cultures amérindiennes. C'est une découverte pour Cliff d'apprendre qu'il existe aussi en France des communautés culturelles minoritaires essayant de préserver leur culture.
Au fil des discussions, une amitié se crée et Cliff est invité par l'association à Toulouse pour une conférence sur l'environnement.
Des similitudes au rendez-vous
Les liens se renforcent rapidement entre les deux communautés considérant leurs similitudes. Le symbole du cercle et des quatre points cardinaux reviennent souvent dans leurs cérémonies traditionnelles respectives.
Une découverte qui surprend
Pour son premier voyage en Europe, Cliff se familiarise avec l'histoire et les paysages du Sud de la France. Jean-Louis Pech, membre de l'association OK-OC, découvre, nichée au c¿ur d'une forêt de la montagne ariégeoise, une clairière parfaitement circulaire creusée comme un puit à la paroi de pierres d'environ un mètre de hauteur. Surpris par sa découverte, il se renseigne auprès des anciens du hameau d'Andébu, qui lui content que cette clairière aurait été un lieu sacré d'ancêtres néolithiques.
En accord avec la municipalité, l'association occitane décide d'offrir symboliquement cette parcelle à l'amérindien en tant que représentant du peuple innu à la prochaine fois occasion. Don symbolique qui permettra de considérer et de faire considérer cette terre comme une terre indienne.
En mai 1998 Cliff est réinvité avec une délégation de représentants des peuples autochtones, cette fois-ci dans les Pyrénées.
En attente d'un signe
À son arrivée, la délégation apprend que l'association veut offrir symboliquement des terres. À ce moment le chef est déchiré. Comment accepter une parcelle aussi éloignée de sa communauté mais en même temps refuser la transmission de cet espace, valeur de puissant symbole entre les deux communautés?
Pour trancher, il prend la décision d'effectuer une cérémonie de purification avec les autochtones du groupe à l'écart dans la forêt. Si un signe se produit lors de la cérémonie, il acceptera les terres, sinon il les refusera. Il commence donc à prier, à brûler de la sauge, et attend¿ Mais rien ne se passe.
Cliff pense donc avoir sa réponse. Il s'en retourne à la rencontre des membres de l'association pour leur annoncer qu'il refusera ces terres. Mais au retour de la forêt, le groupe autochtone entend crier. C'est une petite fille d'une douzaine année qui court dans leur direction. Arrivée à leur niveau, elle l'interpelle : « Excusez moi monsieur mais je vous ai vu dans mes rêves¿ » La petite fille commence à expliquer que cela fait un mois qu'elle les cherche. Cliff, un peu interloqué, se dit que peut être voici le signe qu'ils attendaient mais reste sceptique.
La mère de la jeune fille leur raconte plus tard que sa fille rêve depuis un mois des Indiens et qu'elles avaient décidé ensemble d'aller à leur rencontre.
Le signe attendu est peut être les rêves de la jeune fille. Cliff décide donc d'aller à cette fameuse clairière en forme de cercle pour y effectuer une autre cérémonie. Arrivé au lieu dit, il est surpris de ses ressemblances avec certains symboles autochtones, comme par exemple son entrée vers l'est.
Il recommence un rituel au milieu du cercle en faisant brûler de la sauge, du tabac, et en priant. Puis vint les danses autochtones au rythme des tambours. À ce moment, il remarque dans le ciel trois grands oiseaux qui tournent en ronds. Un signe?
La terre sera montagnaise
La cérémonie se terminant, on vient lui dire qu'au milieu du public, rassemblé en surplomb autour de la clairière, la petite fille s'était mise à pleurer en affirmant que c'était cet endroit qu'elle avait vu dans ses rêves. Concernant les trois oiseaux, des anciens du village lui confirmèrent plus tard que ce n'était pas des aigles mais une sorte de vautour qu'ils n'avaient pas vu depuis trente ans dans la région.
Plus de doute possible, Cliff accepta donc les terres, au nom de la communauté innue, dans le but que cette parcelle devienne un lieu de rencontre et d'échange pour les Occitans quand ils veulent se retrouver et puiser la force de la « Terre-Mère ». Ce don a d'ailleurs été immortalisé par une plaque en cuir forgée dans la roche.
Plus que l'union des symboles, ces échanges qui perdurent entre ces deux communautés depuis dix ans résultent de l'amour que chacune porte à sa culture et à sa région avec en parallèle l'envie profonde de la faire partager.